Petite mise au poings !

C’est vraiment fou ce qu’on peut faire avec un chariot élévateur,

VOUS TROUVEZ PAS ??

Alors que les représentants de l’État n’ont plus peur des mots pour désigner le mouvement du peuple comme un “mouvement de sédition”, de “guerre contre la France”, traitant les gilets jaunes de “factieux”, Benjamin Griveaux appelle à un État d’urgence démocratique (décidément ils adorent ce mot “État d’urgence”) !
Relax Ben ! Les démocrates gilets jaunes t’ont bien écouté et ont même anticipé de deux jours ta requête (et tu t’en ais rendu compte d’ailleurs) : ils n’ont pu se faire restituer une maison de la France, certes.
Mais on ne pourra pas leur enlever qu’ils ont clairement obtenu plus de transparence !

 

Prochaines étapes vers la démocratie :
– fin des analogies insupportables et des manipulations médiatiques douteuses (Non mais ! On a l’impression que c’est les soldes. Pas besoin de dépenser de l’argent pour acheter les livres de Sartre : un numéro de la grande presse et vous aurez à la fois la nausée et les mains sales !)
– arrestation du haut-gradé (on devrait dire haut-taré) de Toulon et fin de l’impunité donnée à tous les uniformes payés pour casser du peuple, ces ultra-violents bouffeurs de manifestants qui tuent, crèvent des yeux et tapent des gosses
– remise de la légion d’honneur à Christophe le boxeur qui a osé affronter à mains nues Robo-cop(s)

TU VAS MOINS FAIRE LE MALIN BENALLA !!

Mais pendant que les keufs se font plein de tunes, nous on va manger une loi anti-casseur particulièrement scélérate …

A part ça, le sociologue de comptoir-télé Michel Wieviorka nous éclaire de toute sa culture politique : selon lui, le “A entouré d’un cercle” est un symbole d’extrême droite. Quand on pense qu’il a été directeur d’études à l’EHESS, il aurait plus appris sur un chantier.

Sisi, regardez la vidéo ci-dessous !

Selon le sociologue Michel Wieviorka

Selon le sociologue Michel Wieviorka , les A cerclés sont donc des symboles fascistes. On parle souvent avec dédain de la sociologie de comptoir mais que dire de celle des plateaux télé?

Gepostet von Lundi Matin am Dienstag, 8. Januar 2019

Allez Michou, retourne faire des livres avec Hamont, Jadot, Glucksmann, Tourraine et d’autres “intellectuels” à vendre qu’on se marre un peu !

Il y a des cartes qui ne plaisent pas du tout au pouvoir, comme celle republiée en décembre par Le Monde diplomatique ! Le journal international s’est attiré les foudres de tous les laquais médiatiques :

https://www.acrimed.org/Lieux-de-pouvoir-la-carte-du-Monde-diplomatique

(Pour la carte plus précise, voir https://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2018-12-05-gilets-jaunes-Paris-lieux-pouvoir )

Alors pour la peine, vu comment ils nous traitent, ça vaut le coup de la faire tourner. Après tout, ce n’est qu’une carte éditée en 2012 qui nous rappelle pourquoi les riverains des quartiers bourgeois de Paris sont plus habitués à accueillir des pontes de la télé, de la politique et de multinationales que des gilets jaunes !

Et pour finir, il faut parfois voir la “dégradation” comme de la légitime défense symbolique … 🙂

 

2019 arrive, pensez à prendre de bonnes révolutions !

Le gouvernement n’a pas fait qu’augmenter les salaires des forces de la répression, il les équipe encore pour nous livrer des cadeaux en rafale. Lanceurs de “balles de défense” (sic) – utilisés pour l’attaque – en mode mitraillette, plein de munitions et nouveaux jouets pour les bacqueux et les robocops. Qui aime bien châtie bien, non ?!
Alors on ne peut pas dire que l’État français n’aime pas son peuple.

Joyeux Noël à tous les éborgnés, défigurés, assassinés, à venir.
Joyeux Noël à nous camarades … et bonne année ! Et courage, ce n’est pas le moment de s’agenouiller, les mains sur la tête, devant le père Noël …

Ah oui, c’est vrai qu’on avait tous oublié ce “détail” : la hausse de la fiscalité diesel avait pour but de financer la baisse des cotisations patronales et n’est donc pas du tout une question environnementale (source : macronleaks – https://wikileaks.org/macron-emails/emailid/50207… ).

“La Canard” révélait déjà il y a quelques temps que, malgré la fiscalité grandissante sous prétextes “écologiques”, les dépenses en matières de “transition écologique” étaient en baisse. Trouvez l’erreur !

Et les journalistes des mass media à la solde de l’ordre s’étonnent, manipulateurs payés pour mentir, qu’on ne les respecte plus …

Grenade et arme à feu : la vidéo complète

Puisque le pouvoir cherche à créer un storytelling autour de ces voltigeurs "agressés", il est important de voir et faire voir la vidéo complète des faits. Ces policiers à moto avaient tiré des grenades en rafale sur une foule tranquille. Ils cherchaient la confrontation. Une personne témoin des faits raconte même que le cortège "descendait l'avenue, repoussé par un cordon de CRS, sans avoir remarqué ces policiers à moto sur le côté".L'extrait qui circule partout "oublie" volontairement le début de la vidéo. Celui où ces policiers envoient dans la foule des grenades potentiellement létales, alors qu'ils n'étaient en aucun cas menacés. C'est un cas de manipulation caractérisée et délibérée.Autre élément important que personne ne relève : le fait de braquer des manifestants avec une arme à feu. Les Flash-Balls et autres grenades étaient sensés empêcher l'usage des armes "létales". En réalité, ils sont systématiquement utilisés pour attaquer une foule. Et le fait de sortir un pistolet face à des civils n'est plus exceptionnel. C'est la militarisation du maintien de l'ordre : des armes de plus en plus dangereuses, utilisées de plus en plus massivement.

Gepostet von Nantes Révoltée am Sonntag, 23. Dezember 2018

Et dire qu’il y a des syndicats de police pour demander plus de moyens …

David Dufresne répertorie nombre de violences policières.
Il semble que les flics prennent leur pied à être détestés de plus en plus de monde. A moins que ce ne soit la police qui déteste tout le monde …

https://twitter.com/davduf

Benalla en Afrique, Rahmouni à Montpellier, Macron les pupilles dilatées (c’est l’émotion), … Pour travailler dans la sécurité privée, il suffit de traverser la rue ?

Elle était belle quand même l’allocution résidentielle, non ?

Quelle sincérité, quels frissons … !

La liberté selon E. Macron

ACTIVEZ LE SON pour entendre le discours surréaliste d'E. Macron, aujourd'hui 10 décembre, sur les images de sa politique de répression sans précédent, . images: Gilets Jaunes, depuis la page #cerveauxnondisponibles

Gepostet von GREVE Générale am Montag, 10. Dezember 2018

Ça alors !! Comme quoi le CACES n’est pas seulement utile pour des missions interim dans des grosses boites du BTP …!

Un hommage et des fleurs sur la tombe du peuple inconnu …

Bonne année 2019, pensez à prendre vos bonnes révolutions …

Pamela, présidente !

Gilets jaunes : Pamela, on a toujours su que tu étais avec nous : ( https://twitter.com/pamfoundation ) !
Première doléance : Macron dégage. Quitte à ce qu’il y ait un président, Pamela vaut bien mieux.
Et nous avons déjà les premières images pour la campagne…

Pour plus d’affiches présidentielles : https://www.facebook.com/constructionsocialeclub/

Nous reproduisons aussi ci-dessous son texte : “Ellow vests and I”, parce qu’il vaut mieux que les commentaires de bien des “analystes” médiatiques sur la question (source : https://www.pamelaandersonfoundation.org/news/2018/12/4/yellow-vests-and-i)  :

“I am glad that the media noticed my brief Twitter take on the situation in France, my adopted country, which has been experiencing a series of mass protests in the last few weeks.

Some followers accused me of “throwing support” behind the riots and violence and not understanding the problem. This is so biased. Why? Let’s see! Why these protests now?

Instead of being hypnotized by the burning images, I wanted to ask “where did the protests come from?”

“Yellow Vests” (“Gilets Jaune” named after roadside-safety vests) are a mass popular movement against the current establishment. It is a revolt that has been simmering in France for years. A revolt by ordinary people against the current political system which – as in many other western countries – colludes with the elite and despises its own citizens.

The protest started when President Macron announced an increase in carbon and air pollution taxes. The next increase will happen in January. This is supposed to collect more money for the state budget and also motivate people to use alternatives to diesel-fuelled cars. Macron would like to ban diesel cars by 2040.

But the French state encouraged people to buy diesel fuelled cares for many years. For example, in 2016, 62% of cars in France were diesel cars, as well as 95% of all vans and small lorries. So it is no wonder that many people view the new policy as a total betrayal.

Getting a new car is probably not a big deal for President Macron and his ministers. But it is way too difficult for many people who are already financially stretched to the max . Many poor people will not be able to get to work, especially if there is no reliable public transport in place throughout. Many old people will not be able to get to the shops or to the doctor.

Lots of media see Yellow Vests protesters as criminals causing destruction.

I see forces of destruction on the other side.

What about the violence?

I am a committed pacifist. I despise violence. But I also know that when protests end in violence it is too often the failure and the fault of the state. The failure of the state to enable people to be heard. This is the position of many international human rights organisations including Amnesty International.

Also, the critics of “violent riots” pretend that the current capitalist society is non-violent. Violence is a part of modern society and comes in many forms.

For example, Philippe Bourgois recognises four types of violence.

Political violence is conducted in the name of some state power or ideology.

Structural violence concerns the political and economic order of society in which the conditions of inequality and exploitation are institutionalised, including the exploitation of “cheap labour” and natural resources in the developing world.

Symbolic violence is involved when the oppressed and powerless internalize their humiliation and inequality.

And finally, everyday violence is the violence of “ordinary” life, such as criminality or domestic violence. This violence is often closely linked to structural violence (for example criminality can be associated with poverty) or a symbolic one (domestic violence can be linked to gender inequality).

So what is the violence of all these people and burned luxurious cars compared to the structural violence of the French and global elites?

When some protesters destroy cars and burn shops, they symbolically attack private property that is the basis of capitalism. When they attack police officers, they symbolically reject and challenge repressive state forces – forces that primarily protect the capital.

Moralising about burned cars and banks’ broken windows is misplaced. This must be seen in the context of the current status quo. A status quo in which the power of the powerful and the powerlessness of the powerless is maintained. A status quo of societies where only a few profit and the many loose.

What about the climate change?

Some people might think that Yellow Vests are fighting against good policies that aim to reduce carbon emissions.

But let’s not forget that it is the world’s richest 10% who are responsible for nearly 50% of total lifestyle consumption emissions.

Also, the stated fight against climate change is often a very lucrative business and used merely as a screen for preferential projects that would not be viable otherwise due to their costs. These projects are often chosen in a way that is not very transparent.

I do not believe that the Yellow Vests support harmful policies that cause climate change. They are against the political system and the politics that did far more for the rich than for the poor.

What is next?

The true question is whether the current protests can turn into something constructive. What comes the day after and if the progressives in France, and all over the world, can find solutions to constructing equal and egalitarian societies.

Yellow Vests are calling for a new social justice order, for the right to live in dignity based on fair wages and a fair tax system. The only solution is to create such a system. A system that will stand for respect of community life: for redistribution of the wealth to the benefit of the people and the nation. Because the people have been excluded from the distribution of wealth thus far and have been left destitute.

More to come. Watch this space!

Love

Pamela”

 

Un article de l’historien Gérard Noiriel sur le mouvement des gilets jaunes ! (tiré de son blog)

LES GILETS JAUNES ET LES “LEÇONS DE L’HISTOIRE”

Dans une tribune publiée par le journal Le Monde (20/11/2018), le sociologue Pierre Merle écrit que « le mouvement des « gilets jaunes » rappelle les jacqueries de l’Ancien Régime et des périodes révolutionnaires ». Et il s’interroge: « Les leçons de l’histoire peuvent-elles encore être comprises ? »

Je suis convaincu, moi aussi, qu’une mise en perspective historique de ce mouvement social peut nous aider à le comprendre. C’est la raison pour laquelle le terme de « jacquerie » (utilisé par d’autres commentateurs et notamment par Eric Zemmour, l’historien du Figaro récemment adoubé par France Culture dans l’émission d’Alain Finkielkraut qui illustre parfaitement le titre de son livre sur « la défaite de la pensée ») ne me paraît pas pertinent. Dans mon Histoire populaire de la France, j’ai montré que tous les mouvements sociaux depuis le Moyen Age avaient fait l’objet d’une lutte intense entre les dominants et les dominés à propos de la définition et de la représentation du peuple en lutte. Le mot « jacquerie » a servi à désigner les soulèvements de ces paysans que les élites surnommaient les « jacques », terme méprisant que l’on retrouve dans l’expression « faire le Jacques » (se comporter comme un paysan lourd et stupide).

Le premier grand mouvement social qualifié de « jacquerie » a eu lieu au milieu du XIVe siècle, lorsque les paysans d’Ile de France se sont révoltés conte leurs seigneurs. La source principale qui a alimenté pendant des siècles le regard péjoratif porté sur les soulèvements paysans de cette époque, c’est le récit de Jean Froissart, l’historien des puissants de son temps, rédigé au cours des années 1360 et publié dans ses fameuses Chroniques. Voici comment Froissart présente la lutte de ces paysans : « Lors se assemblèrent et s’en allèrent, sans autre conseil et sans nulles armures, fors que de bâtons ferrés et de couteaux, en la maison d’un chevalier qui près de là demeurait. Si brisèrent la maison et tuèrent le chevalier, la dame et les enfants, petits et grands, et mirent le feu à la maison […]. Ces méchants gens assemblés sans chef et sans armures volaient et brûlaient tout, et tuaient sans pitié et sans merci, ainsi comme chiens enragés. Et avaient fait un roi entre eux qui était, si comme on disait adonc, de Clermont en Beauvoisis, et l’élurent le pire des mauvais ; et ce roi on l’appelait Jacques Bonhomme ».

Ce mépris de classe présentant le chef des Jacques comme « le pire des mauvais » est invalidé par les archives qui montrent que les paysans en lutte se donnèrent pour principal porte-parole Guillaume Carle « bien sachant et bien parlant ». A la même époque, la grande lutte des artisans de Flandre fut emmenée par un tisserand, Pierre de Coninck décrit ainsi dans les Annales de Gand : « Petit de corps et de povre lignage, il avoit tant de paroles et il savoit si bien parler que c’estoit une fine merveille. Et pour cela, les tisserands, les foulons et les tondeurs le croyoient et aimoient tant qu’il ne sût chose dire ou commander qu’ils ne fissent ».

On a là une constante dans l’histoire des mouvements populaires. Pour échapper à la stigmatisation de leur lutte, les révoltés choisissent toujours des leaders « respectables » et capables de dire tout haut ce que le peuple pense tout bas. D’autres exemples, plus tardifs, confirment l’importance du langage dans l’interprétation des luttes populaires. Par exemple, le soulèvement qui agita tout le Périgord au début du XVIIe siècle fut désigné par les élites comme le soulèvement des « croquants » ; terme que récusèrent les paysans et les artisans en se présentant eux mêmes comme les gens du « commun », Ce fut l’un des points de départ des usages populaires du terme « commune » qui fut repris en 1870-71, à Paris, par les « Communards ».

Les commentateurs qui ont utilisé le mot « jacquerie » pour parler du mouvement des « gilets jaunes » ont voulu mettre l’accent sur un fait incontestable : le caractère spontané et inorganisé de ce conflit social. Même si ce mot est inapproprié, il est vrai qu’il existe malgré tout des points communs entre toutes les grandes révoltes populaires qui se sont succédé au cours du temps. En me fiant aux multiples reportages diffusés par les médias sur les gilets jaunes, j’ai noté plusieurs éléments qui illustrent cette permanence.

Le principal concerne l’objet initial des revendications : le refus des nouvelles taxes sur le carburant. Les luttes antifiscales ont joué un rôle extrêmement important dans l’histoire populaire de la France. Je pense même que le peuple français s’est construit grâce à l’impôt et contre lui. Le fait que le mouvement des gilets jaunes ait été motivé par le refus de nouvelles taxes sur le carburant n’a donc rien de surprenant. Ce type de luttes antifiscales a toujours atteint son paroxysme quand le peuple a eu le sentiment qu’il devait payer sans rien obtenir en échange. Sous l’Ancien Régime, le refus de la dîme fut fréquemment lié au discrédit touchant les curés qui ne remplissaient plus leur mission religieuse, et c’est souvent lorsque les seigneurs n’assuraient plus la protection des paysans que ceux-ci refusèrent de payer de nouvelles charges. Ce n’est donc pas un hasard si le mouvement des gilets jaunes a été particulièrement suivi dans les régions où le retrait des services publics est le plus manifeste. Le sentiment, largement partagé, que l’impôt sert à enrichir la petite caste des ultra-riches, alimente un profond sentiment d’injustice dans les classes populaires.

Ces facteurs économiques constituent donc bien l’une des causes essentielles du mouvement. Néanmoins, il faut éviter de réduire les aspirations du peuple à des revendications uniquement matérielles. L’une des inégalités les plus massives qui pénalisent les classes populaires concerne leur rapport au langage public. Les élites passent leur temps à interpréter dans leur propre langue ce que disent les dominés, en faisant comme s’il s’agissait toujours d’une formulation directe et transparente de leur expérience vécue. Mais la réalité est plus complexe. J’ai montré dans mon livre, en m’appuyant sur des analyses de Pierre Bourdieu, que la Réforme protestante avait fourni aux classes populaires un nouveau langage religieux pour nommer des souffrances qui étaient multiformes. Les paysans et les artisans du XVIe siècle disaient : « J’ai mal à la foi au lieu de dire j’ai mal partout ». Aujourd’hui, les gilets jaunes crient « j’ai mal à la taxe au lieu de dire j’ai mal partout ». Il ne s’agit pas, évidemment, de nier le fait que les questions économiques sont absolument essentielles car elles jouent un rôle déterminant dans la vie quotidienne des classes dominées. Néanmoins, il suffit d’écouter les témoignages des gilets jaunes pour constater la fréquence des propos exprimant un malaise général. Dans l’un des reportages diffusés par BFM-TV, le 17 novembre, le journaliste voulait absolument faire dire à la personne interrogée qu’elle se battait contre les taxes, mais cette militante répétait sans cesse : « on en a ras le cul » , « ras le cul », « ras le bol généralisé ».

« Avoir mal partout » signifie aussi souffrir dans sa dignité. C’est pourquoi la dénonciation du mépris des puissants revient presque toujours dans les grandes luttes populaires et celle des gilets jaunes n’a fait que confirmer la règle. On a entendu un grand nombre de propos exprimant un sentiment d’humiliation, lequel nourrit le fort ressentiment populaire à l’égard d’Emmanuel Macron. « Pour lui, on n’est que de la merde ». Le président de la République voit ainsi revenir en boomerang l’ethnocentrisme de classe que j’ai analysé dans mon livre.

Néanmoins, ces similitudes entre des luttes sociales de différentes époques masquent de profondes différences. Je vais m’y arrêter un moment car elles permettent de comprendre ce qui fait la spécificité du mouvement des gilets jaunes. La première différence avec les « jacqueries » médiévales tient au fait que la grande majorité des individus qui ont participé aux blocages de samedi dernier ne font pas partie des milieux les plus défavorisés de la société. Ils sont issus des milieux modestes et de la petite classe moyenne qui possèdent au moins une voiture. Alors que « la grande jacquerie » de 1358 fut un sursaut désespéré des gueux sur le point de mourir de faim, dans un contexte marqué par la guerre de Cent Ans et la peste noire.

La deuxième différence, et c’est à mes yeux la plus importante, concerne la coordination de l’action. Comment des individus parviennent-ils à se lier entre eux pour participer à une lutte collective ? Voilà une question triviale, sans doute trop banale pour que les commentateurs la prennent au sérieux. Et pourtant elle est fondamentale. A ma connaissance, personne n’a insisté sur ce qui fait réellement la nouveauté des gilets jaunes : à savoir la dimension d’emblée nationale d’un mouvement spontané. Il s’agit en effet d’une protestation qui s’est développée simultanément sur tout le territoire français (y compris les DOM-TOM), mais avec des effectifs localement très faibles. Au total, la journée d’action a réuni moins de 300 000 personnes, ce qui est un score modeste comparé aux grandes manifestations populaires. Mais ce total est la somme des milliers d’actions groupusculaires réparties sur tout le territoire.

Cette caractéristique du mouvement est étroitement liée aux moyens utilisés pour coordonner l’action des acteurs de la lutte. Ce ne sont pas les organisations politiques et syndicales qui l’ont assurée par leurs moyens propres, mais les « réseaux sociaux ». Les nouvelles technologies permettent ainsi de renouer avec des formes anciennes « d’action directe », mais sur une échelle beaucoup plus vaste, car elles relient des individus qui ne se connaissent pas. Facebook, twitter et les smartphones diffusent des messages immédiats (SMS) en remplaçant ainsi la correspondance écrite, notamment les tracts et la presse militante qui étaient jusqu’ici les principaux moyens dont disposaient les organisations pour coordonner l’action collective ; l’instantanéité des échanges restituant en partie la spontanéité des interactions en face à face d’autrefois.

Toutefois les réseau sociaux, à eux seuls, n’auraient jamais pu donner une telle ampleur au mouvement des gilets jaunes. Les journalistes mettent constamment en avant ces « réseaux sociaux » pour masquer le rôle qu’ils jouent eux-mêmes dans la construction de l’action publique. Plus précisément, c’est la complémentarité entre les réseaux sociaux et les chaînes d’information continue qui ont donné à ce mouvement sa dimension d’emblée nationale. Sa popularisation résulte en grande partie de l’intense « propagande » orchestrée par les grands médias dans les jours précédents. Parti de la base, diffusé d’abord au sein de petits réseaux via facebook, l’événement a été immédiatement pris en charge par les grands médias qui ont annoncé son importance avant même qu’il ne se produise. La journée d’action du 17 novembre a été suivie par les chaînes d’information continue dès son commencement, minute par minute, « en direct » (terme qui est devenu désormais un équivalent de communication à distance d’événements en train de se produire). Les journalistes qui incarnent aujourd’hui au plus haut point le populisme (au sens vrai du terme) comme Eric Brunet qui sévit à la fois sur BFM-TV et sur RMC, n’ont pas hésité à endosser publiquement un gilet jaune, se transformant ainsi en porte-parole auto-désigné du peuple en lutte. Voilà pourquoi la chaîne a présenté ce conflit social comme un « mouvement inédit de la majorité silencieuse ».

Une étude qui comparerait la façon dont les médias ont traité la lutte des cheminots au printemps dernier et celle des gilets jaunes serait très instructive. Aucune des journées d’action des cheminots n’a été suivie de façon continue et les téléspectateurs ont été abreuvés de témoignages d’usagers en colère contre les grévistes, alors qu’on a très peu entendu les automobilistes en colère contre les bloqueurs.

Je suis convaincu que le traitement médiatique du mouvement des gilets jaunes illustre l’une des facettes de la nouvelle forme de démocratie dans laquelle nous sommes entrés et que Bernard Manin appelle la « démocratie du public » (cf son livre Principe du gouvernement représentatif, 1995). De même que les électeurs se prononcent en fonction de l’offre politique du moment – et de moins en moins par fidélité à un parti politique – de même les mouvements sociaux éclatent aujourd’hui en fonction d’une conjoncture et d’une actualité précises. Avec le recul du temps, on s’apercevra peut-être que l’ère des partis et des syndicats a correspondu à une période limitée de notre histoire, l’époque où les liens à distance étaient matérialisés par la communication écrite. Avant la Révolution française, un nombre incroyable de révoltes populaires ont éclaté dans le royaume de France, mais elles étaient toujours localisées, car le mode de liaison qui permettait de coordonner l’action des individus en lutte reposait sur des liens directs : la parole, l’interconnaissance, etc. L’Etat royal parvenait toujours à réprimer ces soulèvements parce qu’il contrôlait les moyens d’action à distance. La communication écrite, monopolisée par les « agents du roi », permettait de déplacer les troupes d’un endroit à l’autre pour massacrer les émeutiers.

Dans cette perspective, la Révolution française peut être vue comme un moment tout à fait particulier, car l’ancienne tradition des révoltes locales a pu alors se combiner avec la nouvelle pratique de contestation véhiculée et coordonnée par l’écriture (cf les cahiers de doléances).

L’intégration des classes populaires au sein de l’Etat républicain et la naissance du mouvement ouvrier industriel ont raréfié les révoltes locales et violentes, bien qu’elles n’aient jamais complètement disparu (cf le soulèvement du « Midi rouge » en 1907). La politisation des résistances populaires a permis un encadrement, une discipline, une éducation des militants, mais la contrepartie a été la délégation de pouvoir au profit des leaders des partis et des syndicats. Les mouvements sociaux qui se sont succédé entre les années 1880 et les années 1980 ont abandonné l’espoir d’une prise du pouvoir par la force, mais ils sont souvent parvenus à faire céder les dominants grâce à des grèves avec occupations d’usine, et grâce à de grandes manifestations culminant lors des « marches sur Paris » (« de la Bastille à la Nation »).

L’une des questions que personne n’a encore posée à propos des gilets jaunes est celle-ci : pourquoi des chaînes privées dont le capital appartient à une poignée de milliardaires sont-elles amenées aujourd’hui à encourager ce genre de mouvement populaire ? La comparaison avec les siècles précédents aboutit à une conclusion évidente. Nous vivons dans un monde beaucoup plus pacifique qu’autrefois. Même si la journée des gilets jaunes a fait des victimes, celles-ci n’ont pas été fusillées par les forces de l’ordre. C’est le résultat des accidents causés par les conflits qui ont opposé le peuple bloqueur et le peuple bloqué.

Cette pacification des relations de pouvoir permet aux médias dominants d’utiliser sans risque le registre de la violence pour mobiliser les émotions de leur public car la raison principale de leur soutien au mouvement n’est pas politique mais économique : générer de l’audience en montrant un spectacle. Dès le début de la matinée, BFM-TV a signalé des « incidents », puis a martelé en boucle le drame de cette femme écrasée par une automobiliste refusant d’être bloqué. Avantage subsidiaire pour ces chaînes auxquelles on reproche souvent leur obsession pour les faits divers, les crimes, les affaires de mœurs : en soutenant le mouvement des gilets jaunes, elles ont voulu montrer qu’elles ne négligeaient nullement les questions « sociales ».

Au-delà de ces enjeux économiques, la classe dominante a évidemment intérêt à privilégier un mouvement présenté comme hostile aux syndicats et aux partis. Ce rejet existe en effet chez les gilets jaunes. Même si ce n’est sans doute pas voulu, le choix de la couleur jaune pour symboliser le mouvement (à la place du rouge) et de la Marseillaise (à la place de l’Internationale) rappelle malheureusement la tradition des « jaunes », terme qui a désigné pendant longtemps les syndicats à la solde du patronat. Toutefois, on peut aussi inscrire ce refus de la « récupération » politique dans le prolongement des combats que les classes populaires ont menés, depuis la Révolution française, pour défendre une conception de la citoyenneté fondée sur l’action directe. Les gilets jaunes qui bloquent les routes en refusant toute forme de récupération des partis politiques assument aussi confusément la tradition des Sans-culottes en 1792-93, des citoyens-combattants de février 1848, des Communards de 1870-71 et des anarcho-syndicalistes de la Belle Epoque.

C’est toujours la mise en œuvre de cette citoyenneté populaire qui a permis l’irruption dans l’espace public de porte-parole qui était socialement destinés à rester dans l’ombre. Le mouvement des gilets jaunes a fait émerger un grand nombre de porte-parole de ce type. Ce qui frappe, c’est la diversité de leur profil et notamment le grand nombre de femmes, alors qu’auparavant la fonction de porte-parole était le plus souvent réservée aux hommes. La facilité avec laquelle ces leaders populaires s’expriment aujourd’hui devant les caméras est une conséquence d’une double démocratisation : l’élévation du niveau scolaire et la pénétration des techniques de communication audio-visuelle dans toutes les couches de la société. Cette compétence est complètement niée par les élites aujourd’hui ; ce qui renforce le sentiment de « mépris » au sein du peuple. Alors que les ouvriers représentent encore 20% de la population active, aucun d’entre eux n’est présent aujourd’hui à la Chambre des députés. Il faut avoir en tête cette discrimination massive pour comprendre l’ampleur du rejet populaire de la politique politicienne.

Mais ce genre d’analyse n’effleure même pas « les professionnels de la parole publique » que sont les journalistes des chaînes d’information continue. En diffusant en boucle les propos des manifestants affirmant leur refus d’être « récupérés » par les syndicats et les partis, ils poursuivent leur propre combat pour écarter les corps intermédiaires et pour s’installer eux-mêmes comme les porte-parole légitimes des mouvements populaires. En ce sens, ils cautionnent la politique libérale d’Emmanuel Macron qui vise elle aussi à discréditer les structures collectives que se sont données les classes populaires au cours du temps.

Etant donné le rôle crucial que jouent désormais les grands médias dans la popularisation d’un conflit social, ceux qui les dirigent savent bien qu’ils pourront siffler la fin de la récréation dès qu’ils le jugeront nécessaire, c’est-à-dire dès que l’audimat exigera qu’ils changent de cheval pour rester à la pointe de « l’actualité ». Un tel mouvement est en effet voué à l’échec car ceux qui l’animent sont privés de toute tradition de lutte autonome, de toute expérience militante. S’il monte en puissance, il se heurtera de plus en plus à l’opposition du peuple qui ne veut pas être bloqué et ces conflits seront présentés en boucle sur tous les écrans, ce qui permettra au gouvernement de réprimer les abus avec le soutien de « l’opinion ». L’absence d’un encadrement politique capable de définir une stratégie collective et de nommer le mécontentement populaire dans le langage de la lutte des classes est un autre signe de faiblesse car cela laisse la porte ouverte à toutes les dérives. N’en déplaise aux historiens (ou aux sociologues) qui idéalisent la « culture populaire », le peuple est toujours traversé par des tendances contradictoires et des jeux internes de domination. Au cours de cette journée des gilets jaunes, on a entendu des propos xénophobes, racistes, sexistes et homophobes. Certes, ils étaient très minoritaires, mais il suffit que les médias s’en emparent (comme ils l’ont fait dès le lendemain) pour que tout le mouvement soit discrédité.

L’histoire montre pourtant qu’une lutte populaire n’est jamais complètement vaine, même quand elles est réprimée. Le mouvement des gilets jaunes place les syndicats et les partis de gauche face à leurs responsabilités. Comment s’adapter à la réalité nouvelle que constitue la « démocratie du public » pour faire en sorte que ce type de conflit social – dont on peut prévoir qu’il se reproduira fréquemment – soit intégré dans un combat plus vaste contre les inégalités et l’exploitation ? Telle est l’une des grandes questions à laquelle il faudra qu’ils répondent.

Marseille : le mur de la honte

Voilà ce que les mafiosi nomment concertation.

Un mur et des flics.

Gaudin, Chenoz & cie, allez donc vous faire requalifier !

Le mistral marseillais, lui, ne cessera pas de souffler …

Quelques liens :

https://www.facebook.com/assembleedelaplaine/

Vive la Marseille populaire ! Chenoz, mange tes morts !

Belle charpente sur la Plaine ! Et il n’y pas que cela. D’autres constructions ont été réalisées : toilettes sèches, tables, bancs, …
Pas besoin des mafiosi pour s’occuper de la plaine.
Tout notre soutien aux personnes qui ont été séquestrées par la Picciotterià en uniforme et par les hommes de main de la Bac. Soutien également apporté aux deux ouvriers du bâtiment intérimaires qui ont eu le courage de démissionner ! Aux autres travailleurs, prenez votre droit de retrait ou refusez directement de travailler à la destruction de la vie.

Vive la Marseille populaire ! Chenoz, mange tes morts !

 

L’été est là : adios computer, bye bye internet !

Au lendemain de cette coupe du monde, nous annonçons qu’il n’y aura sans doute pas de nouvelles publications sur le site du Construction Sociale Club dans les semaines qui viennent. Adios computer, bye bye internet.

A nous la rivière, les virées, les rencontres, quelques chantiers, des bals, des bouffes et des foots improvisés dans des champs cévenoles !

Pour ceux qui voudraient bricoler au soleil, nous avons publier deux nouveaux plans brico : de quoi faire un bateau pneumatique et un pistolet à peinture. Il reste aussi dans les archives du site, les plans pour construire un abreuvoir pour poules, un tracteur à trois roues et un lance-pierre pour les apéros dégomme-conserves.